Forte de longues années d’expérience dans la sexualité et le libertinage, je suis là pour t’aider à y voir plus clair — sans tabou, et toujours dans la discrétion.
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Ces derniers mois, un constat s’impose à moi et je sais ne pas être la seule à le faire. L’intelligence artificielle est désormais omniprésente dans la création de contenus pour adultes. Pas seulement comme outil technique, mais comme substitut. À l’image, à l’écriture, à la relation, parfois même à la personne elle-même.
Ce glissement est discret, progressif, mais il transforme profondément ce milieu. Et surtout, il pose une vraie question: que consomme-t-on réellement aujourd’hui quand on s’abonne à un compte ?
QUAND L'IA ÉCRIT À LA PLACE DES CRÉATRICES/CRÉATEURS
Il y a encore deux ans, certain(e)s créatrices et créateurs de contenu avaient du mal à écrire trois phrases sans fautes, sans maladresse, sans véritable style. Aujourd’hui, leurs textes sont impeccables, structurés, presque trop lisses.
Bien sûr, progresser est possible. Mais quand tout change d’un coup comme le ton, le vocabulaire, la fluidité, la question se pose. L’IA permet désormais d’écrire vite, bien, sans effort, mais aussi sans vécu, sans intention personnelle, sans émotion réelle.
Or, dans le contenu pour adultes, ce que recherchent beaucoup d’abonnés, ce n’est pas seulement un corps. C’est une voix identifiable, une personnalité incarnée, une présence humaine réelle.
À partir du moment où les mots ne sont plus ceux de la personne, où l’on “fait écrire” à sa place, la relation devient artificielle. Ce n’est plus une rencontre, ni même une projection sincère. C’est une illusion fabriquée, et donc quelque chose qui n’est plus vraiment réel.
DES PHOTOS PARFAITES... MAIS QUI N'EXISTENT PAS
L’autre grande dérive actuelle concerne l’image. Grâce à l’IA, il est désormais possible de produire à l’infini des photos séduisantes, parfaitement éclairées, mises en scène dans des décors qui n’ont jamais existé.
Certain(e)s “créatrices/créateurs” apparaissent:
- en hôtesse de l’air ultra sexy,
- au bord d’une piscine de rêve avec cocktail,
- sur une plage paradisiaque dans des tenues qu’elles n’ont jamais portées,
- …
Ces images sont flatteuses, mais totalement déconnectées de la réalité, car pendant que ces photos circulent et font rêver, la personne dont le visage est utilisé est parfois tout simplement entrain de faire ses courses, de s’occuper de ses enfants, de vivre sa vie quotidienne, pendant qu’un tiers publie à sa place des images retouchées, générées ou recomposées par l’IA.
La présence vendue n’est alors plus qu’un décor, le corps devient une vitrine, et la personne réelle, elle, n’est même plus impliquée dans ce qui est montré en son nom. Une question essentielle se pose alors. La femme dont le visage est utilisé est-elle toujours consciente de la manière dont son image est exploitée, modifiée et diffusée ?
Dans certains cas, il ne s’agit même plus d’avatars inventés, mais de visages bien réels, clonés, transformés, réutilisés sans contrôle. On ne parle plus de fantasme ou de jeu de rôle consenti, mais de consentement, de droit à l’image et de responsabilité.
AGENCES, "BROUTEURS" ET ILLUSIONS DE PROXIMITÉ
Autre réalité largement tue. Le fonctionnement de certaines agences. Des créatrices expliquent avoir multiplié leurs abonnés depuis leur entrée en agence, au prix parfois de 60 % de leurs revenus. Pourquoi ? Parce que le compte est désormais actif 24 heures sur 24.
En réalité, ce ne sont pas elles qui répondent. Ce sont des tiers, parfois appelés “brouteurs”, payés pour séduire, flatter, promettre, maintenir l’illusion d’un lien intime.
L’abonné pense dialoguer avec la personne qu’il désire. Il échange avec quelqu’un d’autre, et c’est précisément cette illusion émotionnelle qui permet de retenir, de fidéliser… ou d’induire en erreur.
QUAND LE CONTENU N'EST PLUS UN CHOIX, MAIS UNIQUEMENT UN BUSINESS
Il faut aussi dire une chose clairement. Beaucoup de créatrices/créateurs de contenu ne sont pas libertins. Ils ne vivent pas ces pratiques par envie, par curiosité ou par plaisir personnel, ils les utilisent avant tout comme un modèle économique.
Dans ces structures-là, on ne discute pas de lumière à améliorer, de cadre ou d’angle plus juste, de scénario à affiner, de matériel pour mieux filmer, ni même de ce qui pourrait rendre le contenu plus sincère ou plus incarné.
Les discussions portent essentiellement sur d’autre choses comme le marketing, les statistiques, le taux de conversion, la rétention des abonnés, le panier moyen.
Dans cette logique peu importe qui écrit les messages, peu importe qui répond aux abonnés, peu importe si l’abonné croit à une proximité qui n’existe pas. Ce qui compte, c’est le revenu généré par abonné. L’abonné devient un chiffre, un objectif à rentabiliser, et tant que l’argent entre, la méthode importe peu.
La création passe au second plan, le désir aussi. Ne reste qu’un produit à vendre, optimisé comme n’importe quel autre.
COUPLES, REVENUS COMPLÉMENTAIRES ET GLISSEMENT MORAL
Ce phénomène concerne aussi certains couples, qui voient dans les plateformes pour adultes un revenu complémentaire, parfois présenté comme facile ou rapide. Là encore, la démarche n’est pas libertine, ni créative. Elle est avant tout financière.
La logique devient simple :
- maintenir l’illusion,
- promettre sans forcément incarner,
- prolonger l’abonnement coûte que coûte.
Peu importe si l’abonné ne parle jamais à la bonne personne, peu importe si la relation suggérée n’existe pas, ce qui compte c’est que le paiement continue.
À ce stade, on ne parle plus de fantasme partagé, mais d’un glissement éthique.
LE VRAI LUXE AUJOURD'HUI, LE RÉEL
Dans un paysage où l’automatisation, le fake et les intermédiaires deviennent la norme, j’ai fait un choix clair et totalement assumé celui de l’authenticité, de la présence réelle et de l’absence de triche. Ce choix ne vient pas seulement de mon parcours professionnel, mais aussi de mon éducation, où l’on m’a appris très tôt à être droite, à faire les choses par moi-même, à ne pas tricher et à assumer ce que je montre comme ce que je dis.
Je ne suis pas opposée aux outils car j’utilise l’IA comme un gain de temps, comme on utiliserait un correcteur ou un agenda mais je sais écrire, je réfléchis et je crée. J’ai écrit mon livre seule, et mon univers repose avant tout sur ma voix, mon regard et mes choix.
Ce que je refuse, en revanche, c’est la substitution: pas d’images générées par IA, pas de tiers pour répondre à ma place, pas de délégation de ma présence ou de la relation avec mes abonnés. Je réponds moi-même, je crée moi-même, je pense moi-même mes idées, mes mises en scène, mes envies, et je montre une réalité parfois imparfaite, mais honnête, parce que le désir ne naît pas de la perfection mais de la sincérité, de l’intention et de la présence humaine derrière l’écran.
Par moments, je me sens un peu comme une irréductible (gauloise ou suissesse) dans un monde envahi par le fake, à la manière d’Astérix, résistant encore et toujours à l’envahisseur même quand tout pousse à faire comme les autres.
Honnêtement, dans ce milieu, je ne connais qu’une autre libertine qui fasse le même choix sans détour, Amante Lilli, sans faux dialogues, sans images artificielles, simplement avec une présence réelle assumée.
À une époque où tout peut être fabriqué, simulé et automatisé, le réel devient un luxe. Savoir que la personne derrière l’écran existe vraiment, écrit réellement ce qu’elle pense et désire réellement ce qu’elle montre n’est pas un détail, c’est peut-être même ce qui fera toute la différence demain.
Alors la vraie question n’est ni technique ni marketing, elle est simple et presque intime. Veux-tu consommer à l’avenir une illusion ou une présence réelle ?
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